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Modernité(s) belge : expériences et liberté

14 janvier 2026

La vente “Art Belge moderne et contemporain” permet de dresser un état des lieux particulièrement vivant de la scène artistique belge au XXe siècle. Parmi les têtes d’affiche, James Ensor, Jean Brusselmans, Jean Rets, Jo Delahaut, Marthe Wéry et Patrick Van Caeckenbergh.

Que peuvent avoir en commun les artistes James Ensor (1860-1949), Jean Brusselmans (1884-1953), Jean Rets (1910-1998), Jo Delahaut (1911-1992), Marthe Wéry (1930-2005) et Patrick Van Caeckenbergh (né en 1960) ? Du XIXe siècle au XXIe siècle, malgré leurs parcours et leurs styles très différents, ils dessinent pourtant une histoire commune : celle d’une modernité belge construite hors des dogmes, fondée sur l’expérimentation et la liberté artistique.

La Belgique a souvent produit des artistes indisciplinés, irrespectueux, rétifs aux catégories et à la norme. James Ensor en est l’un des exemples les plus parlant. Dès la fin du XIXᵉ siècle, il sape les conventions de la peinture académique par une figuration grinçante, peuplée de masques et de scènes satiriques dont Le combat des Pouilleux Désir et Rissolé, 1888 (12 000/15 000 €) donne une bonne illustration. Son œuvre, souvent radicale, ouvre une voie singulière, ou la caricature côtoie parfois des paysages aux aplats impressionnistes, mais dont la densité des couleurs donne une tonalité particulière, (Toits d'Ostende, 1877, huile sur carton, 18 000/25 000 €)

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James Ensor (1860-1949)

Le combat des Pouilleux Désir et Rissolé, 1888

Estimation
12 000 / 15 000 €

8

James Ensor (1860-1949)

Toits d'Ostende, 1877

Estimation
18 000 / 25 000 €

Jean Brusselmans, lui, s’exprime dans un registre plus feutré. Par la construction rigoureuse des formes et l’intensité des couleurs, il transforme les paysages et architectures en compositions dont les perspectives inclinées déforment leur perception. Son travail incarne une modernité sans manifeste qui peut se comprendre comme une tentative de déconstruction du réel et de la peinture. (Le Printemps, 1933, huile sur toile, 35 000/ 55 000 €)

10

Jean Brusselmans (1884-1953)

Le Printemps, 1933

Estimation
35 000 / 55 000 €

Avec Jean Rets et Jo Delahaut, l’art belge s’oriente vers l’abstraction. Tous deux explorent un langage géométrique fondé sur la clarté et l’équilibre, flirtant parfois avec le minimalisme (Jean Rets, Sans titre, gouache sur papier, 6 000/9 000 €; Jo Delahaut, Champs n°2, 1982, huile sur toile, 7 000/9 000 €). Leur démarche s’inscrit dans un dialogue avec les autres avant-gardes internationales, mais conserve une distance critique vis-à-vis des grands mouvements dominants : refusant de définir un style, les deux artistes cherchent plutôt à définir une méthode, plus qu’un programme.

40

Jean Rets (1910-1998)

Sans titre, 1950

Estimation
6 000 / 9 000 €

54

Marthe Wery (1930-2005)

Venise (ca 1982)

Estimation
16 000 / 18 000 €

Ce chemin qui mène à une abstraction complètement désincarnée se poursuit avec radicalité chez Marthe Wéry. La plasticienne s’imprègne d’une histoire de l’art écrite par Casimir Malevitch, Piet Mondrian et par les créateurs américains Barnett Newman, Ellsworth Kelly ou Kenneth Noland. Sa rencontre en 1969 avec la figure de l’art minimal américano-canadienne Agnes Martin s’avère déterminante. L’artiste s’engage, comme le rappelle Elisabeth Lebovici dans son Dictionnaire universel des créatrices (© Éditions des femmes – Antoinette Fouque, 2013) dans un travail vécu comme « une recherche élémentaire de vivre la surface » encouragée par la volonté de « cesser d’adhérer aux valeurs masculines du constructivisme » Venise (ca 1982), acrylique sur toile (16 000 / 18 000 €) exprime sans détour cette recherche expérimentale pour un art fondamental.

Dans une veine contemporaine, Patrick Van Caeckenbergh prolonge aujourd’hui cette tradition d’indiscipline teintée d’anarchisme. L’artiste se définit comme un « pantologue » qui joue avec ses idées grâce à la science de l’ensemble qu’il a inventé, la pantologie. Son univers foisonnant mêle dessin, sculpture, installation et récit, se veut encyclopédique. Science, fiction et souvenirs personnels s’y croisent et cohabitent avec humour, sans hiérarchie. Un art holistique qui se définit selon l’artiste « comme un espace de pensée » ( De Buickspreker / Le ventriloque, 1996-1997, matériaux divers, 20 000/30 000€).

67

Patrick Van Caeckenbergh (né en 1960)

De Buickspreker / Le ventriloque, 1996-1997

Estimation
20 000 / 30 000 €


S’il n’existe pas à proprement parler d’une école belge, ces artistes révèlent une attitude commune : la conviction que l’art gagne à rester un lieu de recherche indépendant, loin des modèles imposés pour ainsi prolonger une modernité discrète, élémentaire, essentielle.

Vente associée

Art Belge Moderne et Contemporain

Bruxelles mercredi 21 janv. 15:00 Voir les lots