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Martin Bradley et Jean-Claude Silbermann

29 janvier 2026

Martin Bradley © D.R.

Né en 1931 à Hammersmith, quartier ouvrier de Londres, Martin Bradley grandit entre des mondes irréconciliables. Orphelin puis adopté par un père devenu grand homme d’affaires, il passe des bas-fonds au sommet de la pyramide sociale sans jamais s’y reconnaître, décrivant plus tard ces univers comme un même système de contrainte, de privation et de paralysie émotionnelle.

À quatorze ans, il fuit ce cadre étouffant et s’engage comme garçon de cabine sur des navires marchands sillonnant l’Amérique centrale et l’Amérique du Sud. Pour occuper la solitude des traversées, il peint des portraits de marins selon des canons académiques. De retour à terre, il poursuit cette pratique dans les refuges et les pubs londoniens, vendant ses œuvres à des prix dérisoires.

La rupture intervient lorsqu’il abandonne le portrait pour l’abstraction, qu’il vit comme une libération intellectuelle et formelle. Tandis qu’il lutte contre l’alcoolisme et la toxicomanie dans les années 1950–1960, son travail est exposé dans les galeries les plus en vue à Londres. En 1958, il s’installe à Paris, puis entame une errance de dix années à travers l’Asie. De ces voyages naît un langage pictural singulier, nourri de signes, de pictogrammes et de titres intégrés à la composition, conçus comme une forme de télégraphie visuelle.

Après une œuvre initiale tendue et passionnée, sa rencontre avec le bouddhisme et sa femme japonaise, Tatsu, ouvre une période plus lumineuse, où la peinture devient pour lui une expérience à vivre plutôt qu’à analyser : « Un tableau qui est bon est comme un feu. Aussi longtemps qu’il brûle et danse, on n’est pas tenu de savoir les différents bois qui l’alimentent. On prend plaisir à jouir de son existence et de ce qui est visible, tout simplement. »


Jean-Claude Silbermann © D.R.

Né en 1935 à Boulogne-Billancourt, Jean-Claude Silbermann est un artiste dont le parcours incarne une fusion indissociable entre la plume et le pinceau. Si son aventure créative débute par la poésie dès l'âge de 12 ans, il se retrouve à 23 ans face à une impasse majeure : le désir impérieux de s'exprimer se heurte à une incapacité soudaine à poser les mots. Ce silence forcé le pousse à quitter Paris pour la Bretagne, où il rencontre le peintre Pierre Jaouen. Ce dernier devient son professeur et son mentor, l'aidant à transposer son imaginaire vers une forme sensible. C'est dans cette euphorie créatrice que Silbermann commence à peindre pour donner corps à ses idées.

Son engagement au sein du mouvement surréaliste parisien, de 1956 à 1969, forge durablement son identité artistique. Guidé par l'automatisme et les intuitions du subconscient, il cherche sans relâche à instaurer un monde de poésie pure. Enfant de la ville, il entretient d'abord un rapport distant avec la nature, qu'il juge inconnue et peu attrayante. Ce n'est que par le prisme de l'art, et notamment grâce aux théories de Kandinsky sur l'articulation des formes entre elles, qu'il parvient enfin à comprendre et à intégrer le monde organique dans ses compositions.

La singularité technique de Silbermann naît d'une rupture avec les conventions de la peinture traditionnelle. Pour lui, « le dessin, au départ, n'est qu'une ligne, un trait qui devient un objet ». Durant ses années d'apprentissage, il compose ses éléments sur la toile mais se sent limité par la gestion du fond, qu'il ne maîtrise jamais tout à fait à son goût. Le déclic survient de manière insolite devant un porteur de menu de restaurant. Inspiré par cette silhouette découpée, il décide d'abandonner l'espace confiné de la toile rectangulaire. En découpant ses peintures, il libère ses sujets du cadre pour les transformer en objets poétiques autonomes, fuyant ainsi définitivement la représentation classique pour laisser la forme exister dans sa propre liberté.

Vente associée

Martin Bradley VS Jean-Claude Silbermann

de la Collection Samy Kinge

Paris mercredi 18 févr. 15:00 Voir les lots

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