Pour tout amateur de design, Osvaldo Borsani représente la quintessence du modernisme italien du début des années 50. La chaise P 40 (est. 3 000 / 4 000 €), comme le canapé D 70 (est. 5 000 / 7 000 €) créés en 1955 pour la firme Tecno que le designer vient tout juste de fonder, comptent encore aujourd’hui parmi les icônes incontournables du design contemporain. Pourtant, Osvaldo Borsani débute sa carrière dans l’Atelier di Varedo, l’entreprise de son père, Gaetano Borsani, figure de l’art déco italien, qui perpétue avec l’artiste peintre et maître verrier Gino Maggioni la tradition lombarde du néoclassicisme milanais. Leur style instaure un dialogue entre recherches architecturales et nouvelles dynamiques décoratives qui s’expriment notamment dans la sobriété raffinée des meubles en bois noircis présentés dans la vente (Enfilade, édition Atelier di Varedo, 5 000 / 7 000 €, ou Lit, vers 1925, 7 000 / 9 000 €).
Osvaldo Borsani reprend en partie les codes de cet art déco transalpin pour créer notamment un luminaire en bois laqué noir aux accents constructivistes (Lampadaire, vers 1920, édition Arredamenti Borsani Varedo, est. 8 000 / 12 000 €), mais s’en libère pour faire évoluer son langage esthétique, lors de sa participation à la Ve Triennale de Milan en 1933, vers un rationalisme décoratif typiquement italien. Ses buffets en palmier, verre, métal, nitrocellulose et parchemin (est. 10 000 / 12 000 €) exposés à la Ve Triennale dans la Casa Minima reflètent ce goût presque théâtral où se mêlent richesse des matériaux et rigueur des lignes, qui trouveront un écho fondateur dans les créations iconoclastes et postmodernistes du groupe Memphis.
La fin de la 2e Guerre mondiale et la chute du fascisme remettent en cause les fondements du rationalisme que l’on associe alors aux dérives idéologiques du régime mussolinien. Osvaldo Borsani adoucit ses dessins, cherche une forme d’élégance contemporaine à l’instar de l’un de ses célèbres confrères, Gio Ponti. Son mobilier créé pour la Casa Belardinelli (Table basse – Modèle 6796, est. 3 000 / 4 000 €), la Casa Maffioli (Table de milieu – Modèle 6785, 7 000 / 9 000 €) ou la Casa Borsani (Fauteuil – Modèle 6575, est. 4 000 / 6 000 €) privilégie les courbes, abandonne l’idée de décors pour se concentrer sur la forme. Osvaldo Borsani n’oublie pas pour autant toute idée de décor, comme en témoignent ses collaborations avec des artistes dont Lucio Fontana (Table basse, bois laqué, laiton, marbre et technique mixte sur verre, est. 30 000 / 40 000 €), mais il glisse peu à peu vers ce qui fera sa gloire : le design. Avec son frère Fulgenzio, il transforme la manufacture familiale en entreprise moderne qui prend le nom de Tecno en 1954. Les succès s'enchaînent dès l’année de création de la firme avec les lampes sol-plafond, modèle LT8 (6 000 / 9 000 € la paire), les tables d'appoint – Modèle T1 (est. 3 000 / 4 000 €), puis dans les années 60 avec le fauteuil modèle P36 dit ‘Balestra’ dessiné par Carlo Di Carli (est. 8 000 / 12 000 €) ou l’inoubliable porte-manteau, modèle n° AT16 (est. 3 000 / 4 000 €). Saluée par tous, Tecno, grâce à ses innovations, son sens de la technique et son héritage rationaliste, a défini les contours du design industriel italien.