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Frères ROCHAT, Suisse, vers 1810
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Frères ROCHAT, Suisse, vers 1810

Boîte à oiseau chanteur en or guilloché et émail polychrome, à décor de demi-perles avec mécanisme sonore et automate
Boîtier : de forme rectangulaire, la boîte est entièrement habillée d’or finement guilloché, rehaussé de panneaux d’émail polychrome à décor floral, exécutés avec des motifs stylisés sur les côtés, la partie supérieure présente un encadrement rectangulaire en émail bleu nuit translucide
Couvercle : encadré dans un cartouche en émail polychrome représentant un bouquet de fleurs, s’ouvre sur une charnière lors du déclenchement du mécanisme automate de l’oiseau chanteur, l’ensemble est décoré sur le pourtour de demi-perles
Mouvement : en activant le mécanisme horloger à l’aide d’une tirette située sur le flanc avant droit, après avoir remonté le ressort moteur avec une clef sur carré de remontage au dos de la boîte, le médaillon s’ouvre, l’oiseau se déploie, pivote, bat des ailes, ouvre le bec et émet un chant mélodieux, ce dernier est produit grâce à un soufflet relié aux rouages du mécanisme horloger, une sophistication mécanique et acoustique propre aux productions des Frères Rochat
Hauteur. 25 mm
Largeur. 77 mm
Profondeur. 55 mm
Poids brut. 245,8 g
Provenance : collection privée
Ce travail est signé par les Frères Rochat, horlogers-automates à Genève, portant le poinçon “FR” et le numéro “426” sur la platine du mouvement horloger. Nous remercions Monsieur Philippe Prutner, horloger, pour sa collaboration et pour la transmission des informations techniques ayant permis la rédaction complète de cette fiche.
Provenance :
D’après la tradition orale familiale, cette boîte aurait été transmise au sein de la même lignée depuis son origine, passant de génération en génération à partir d’un ancêtre russe qui l’aurait acquise durant le règne du Tsar Alexandre Ier (1801-1825). Originaire de la province de Novgorod, cet ancêtre occupait la fonction de responsable des haras du tsar dans le Caucase. L’objet a continué de se transmettre jusqu’au grand-père de la génération actuelle, né en 1894, dont les parents ont quitté le Caucase en emportant divers bijoux et objets précieux, dont cette boîte à oiseau chanteur. Ce dernier, prénommé Ossip, servit dans l’armée du Tsar Nicolas II. Polyglotte grâce à une gouvernante maîtrisant le français, l’anglais et l'allemand, il devint agent de liaison en France pour les troupes russes et françaises, il décida à la suite des événements tragiques de 1917 de s'établir en France après la Première Guerre mondiale.
Ainsi, la boîte à oiseau chanteur a été conservée par chaque génération jusqu’à nos jours. Cette provenance contribue à la valorisation patrimoniale et à l’intérêt historique de l’objet.
La fascination des automates dits “oiseaux chanteurs”
Dans leur ouvrage de référence Les Automates, Alfred Chapuis et Edmond Droz ont dédié un chapitre complet aux oiseaux chanteurs, retraçant l'histoire ancienne de l'admiration portée au chant des oiseaux.
“C’est plus haut que l’ère chrétienne qu’il faut remonter pour connaître les premières machines naïves par lesquelles on reproduisit artificiellement les chant des oiseaux. Philon de Byzance, entre autres utilisait dans ce but la pression de la vapeur ou celle de l’air : moyens qu’imitèrent plus tard les Arabes et les Persans.”
L'intérêt porté aux oiseaux s'est maintenu au fil des siècles. Ce n'est qu'au cours du siècle des Lumières que les principes permettant de reproduire leurs chants et leurs mouvements ont été maîtrisés, grâce aux progrès de la mécanique réalisés par les horlogers, notamment en Suisse.
Buffon affirmait ainsi : « Si le rossignol est le chantre des bois, le serin est le musicien de la chambre. » Cette citation illustre bien l’intérêt marqué du siècle des Lumières pour les animaux qualifiés d'« imitateurs », tels que les singes ou les oiseaux capables de parler ou de chanter. Leur popularité était telle qu’ils figuraient régulièrement dans les annonces de presse, où ils étaient proposés à la vente en tant que curiosités vivantes.
En 1761, à Bordeaux, on vantait les talents d’un canari capable de siffler La Retraite, air de guerre. Mais c’est plus à l’est que l’imaginaire voyageait davantage : à Lyon, la perte d’un serin domestique était signalée avec précision, non pour son plumage, mais pour son répertoire — il sifflait l’air du Roi de Sardaigne en passant par Namur.
À cette époque, chacun s’efforçait de capturer le chant des oiseaux dans une cage, qui prit la forme d’une boîte richement ornée, comme notre exemple, un modèle typique de l’époque, signé par les Frères Rochat, parmi les fabricants les plus renommés de Genève.
Cette ambition prit une forme concrète avec l’invention de la serinette, à Mirecourt vers 1735. Ce petit orgue mécanique à tuyaux et cylindres permit non seulement d’enseigner des airs aux oiseaux, mais ouvrit aussi la voie à la création d’automates d’oiseaux chanteurs. Grâce à la miniaturisation progressive des mécanismes, ces objets raffinés séduisirent une aristocratie friande de prouesses techniques et d’illusions musicales.
Dans ce domaine, les Jacquet-Droz, père et fils, se distinguèrent particulièrement. Dans le dernier quart du XVIIIe siècle, ils mirent au point un sifflet à piston coulissant capable de restituer un chant d’un réalisme jusqu’alors inégalé. La voie était tracée : les horlogers suisses s’y engouffrèrent, d’autant plus avidement que la Révolution française avait fait disparaître une partie de leur clientèle traditionnelle.
Au XIXe siècle, la haute bourgeoisie dans toute l’Europe reprit le flambeau et conserva le goût de ces délicieuses extravagances, ce qui ne manqua pas d’attirer l’œil des plus grandes familles de l’époque, compte tenu du prix de ces objets rares. Deux noms s’imposèrent alors : Charles-Abraham Bruguier et les frères Rochat. Grands artisans des boîtes à oiseaux chanteurs, ils surent donner à ces minuscules automates un naturel mélodieux qui fascinait leurs contemporains et continue aujourd’hui encore d’émerveiller.
Les collectionneurs d’automates dits « oiseaux chanteurs »
La complexité des mécanismes des automates oiseaux chanteurs des Frères Rochat illustre leur talent exceptionnel en micromécanique et créativité, leur apportant célébrité auprès des cours royales et de l’aristocratie européenne.
Les automates oiseaux chanteurs, prisés par les collectionneurs, figurent dans de nombreuses collections de renom à travers le monde. Leur rareté sur le marché des ventes aux enchères rend la présentation de notre exemplaire, signé des Frères Rochat et conservé au sein de la même famille depuis son acquisition, particulièrement notable.
Les boîtes à oiseau chanteur créées par les Frères Rochat, produites en nombre limité, figurent aujourd’hui parmi les objets d’art horloger les plus rares et convoités. Des pièces similaires se trouvent dans de grandes collections muséales et privées, comme le Patek Philippe Museum de Genève ou la collection Hans Wilsdorf chez Rolex. Elles ont également été parmi les lots les plus précieux lors de la vente aux enchères du dernier Roi d’Égypte, Farouk 1er, organisée au Koubbeh Palace au Caire en 1954 par Sotheby’s et le commissaire-priseur Me Maurice Rheims.
Les Frères Rochat et l’âge d’or des automates au début du XIXe siècle
Les frères Rochat, actifs à Genève entre la fin du XVIIIe et le début du XIXe siècle, figurent parmi les plus grands maîtres suisses dans l’art des automates. Issus d’une famille renommée dans l’horlogerie de précision, ils se sont illustrés par la création d’automates luxueux remarquablement sophistiqués, conjuguant mécanique avancée, musique et esthétique raffinée.
Au début du XIXe siècle, les automates dits « de divertissement » connaissent leur âge d’or, séduisant une clientèle aristocratique et princière passionnée par les innovations héritées du siècle des Lumières. Genève s’affirme alors comme une référence incontournable de la micromécanique et de la haute horlogerie artistique, aux côtés de Paris et Londres. Les célèbres boîtes à oiseau chanteur, à la fois objets de contemplation intime et spectacles miniatures, reflètent parfaitement cette époque : elles allient effet de surprise, poésie et démonstration d’un savoir-faire exceptionnel.
Les Frères Rochat sont reconnus pour la qualité sonore exceptionnelle de leurs mécanismes, la fluidité et le réalisme des mouvements de leurs oiseaux automates — comme le battement d’ailes, la rotation du corps et la coordination du chant — ainsi que pour le raffinement remarquable de leurs boîtiers, souvent confectionnés en or et émail, parfois ornés de perles ou de pierres précieuses. Leurs créations étaient régulièrement offertes lors d’occasions diplomatiques ou comme présents de prestige, et occupaient une place notable dans les collections européennes les plus renommées.
Fabriquées en très petite quantité à cause de leur grande complexité, les boîtes à oiseau chanteur conçues par les Frères Rochat sont aujourd’hui reconnues comme des exemples remarquables de l’automate suisse. Ces créations incarnent un moment exceptionnel dans l’histoire des arts décoratifs, où la science, la musique et l’art ornemental s’unissent pour donner naissance à des objets mêlant poésie mécanique, horlogerie, sculpture et illusion du vivant.

Estimation
40 000 / 60 000 €
Résultat (Frais de vente inclus)
59 696 €