Très différents dans leur approche stylistique, Maarten Van Severen et Emiel Veranneman se retrouvent néanmoins dans une attitude commune face au design, fondée sur la relation étroite entre l’objet et l’espace.
Emiel Veranneman et Maarten Van Severen ne peuvent pas réellement se confondre par leur style, même si, à bien des égards, ils partagent la vision d’une forme de minimalisme appliquée au design. Emiel Veranneman reflète, pour le critique et écrivain Patrick Mauriès, la volonté de s’inscrire dans « une esthétique minimaliste mais chaleureuse ». Ses recherches le mènent à envisager le design comme le produit d’échanges entre un artisanat d’art puisant ses sources dans la France du XVIIIᵉ siècle et un modernisme épuré. Élégance et équilibre semblent être ses maîtres-mots.
Sa fameuse commode en bois laqué, réalisée en 1950 pour les établissements Coene (est. 18 000/25 000 €), résume efficacement son credo artistique : sa construction reprend les codes de l’Art déco — utilisation du bois, de la laque profonde et brillante — au service d’un meuble structuré aux formes claires et nettes. Pourtant, le designer, influencé par les œuvres de l’« Op Art » de Victor Vasarely, Carlos Cruz-Diez ou Rafael Soto, n’hésite pas à perturber le regard avec les lignes obliques des tiroirs le long de la façade. Il utilise également parfois le métal, notamment pour produire le lampadaire Langui (6 000/9 000 €), qui n’aurait pas déplu à Maarten Van Severen.
Pionnier du design européen, Maarten Van Severen invente quant à lui un « minimalisme fonctionnel », analytique, né de sa rencontre avec l’architecte Monique Stoop (table T88A, 1988, 10 000/15 000 €), puis, dans les années 1990, avec l’OMA (Office for Metropolitan Architecture), l’agence dirigée par Rem Koolhaas. Le mobilier devient alors une composante à part entière de l’architecture, intégrée à la logique spatiale du projet. Cela n’empêche pas celui qui se présente comme un « maker-penseur » de réaliser des pièces dégagées de toute affirmation purement architecturale, comme ce fauteuil LC95, feuille de métal pliée qui défie les lois de l’équilibre. La paire présentée dans la vente est une étude préparatoire à la réalisation du modèle en couleur (6 000/9 000 €).
Les œuvres de Maarten Van Severen font aujourd’hui partie de nombreuses collections muséales. La table ST93 a ainsi été créée pour la dernière exposition de l’artiste au Design Museum de Gand en 2004-2005 (5 000/7 000 €).