Actualités

Julia Lohmann, “Memento Mori bovin”

24 novembre 2025

Dans le monde du design, certains objets se contentent d’occuper l’espace. D’autres le bousculent. Le Cow Bench de Julia Lohmann (2005, 8 000 / 12 000 €) appartient résolument à cette seconde catégorie : un banc en cuir qui, sous sa silhouette affaissée, évoque moins un meuble qu’un animal. En l'occurrence, une vache étendue et sans tête.

21

Julia Lohmann (XXe-XXIe)

Banc - Modèle 'Cow Bench'

Estimation
8 000 / 12 000 €

Julia Lohmann choisit de rendre au matériau son animalité perdue. L’objet, édité en trente exemplaires, s’offre comme un paradoxe ambulant, un meuble fonctionnel sur lequel on n'a vite plus très envie de s’asseoir. Sous la peau tendue, la designer a sculpté une forme en mousse qui laisse deviner côtes, colonne vertébrale, muscles. Rien de profondément anatomique, simplement l’évocation d’un corps. L’effet est immédiat : on caresse la surface avant même d’oser s’y poser. Lohmann fait naître l’empathie par la vue et le toucher pour amener une véritable prise de conscience. Le Cow Bench raconte notre capacité à oublier la chaîne de transformations qui relie l’animal au produit fini. Le cuir est entré dans nos intérieurs comme une évidence décorative : canapé, sac, fauteuil, la matière se donne comme un signe de confort ou de luxe. Julia Lohmann ouvre la plaie. Elle replace, littéralement, la peau sur un corps. Et ce geste suffit à faire vaciller la fiction du matériau inoffensif qui a perdu toute trace du vivant.

Chaque pièce porte un prénom, ici Yolanda. Julia Lohmann rend à la vache une identité que l’industrie et le consommateur lui refusent. Ce n’est ni militant ni accusateur, mais résume une réalité. De plus, l'œuvre n’exhibe pas une violence spectaculaire ; elle montre plutôt le calme lorsque l’on se retrouve seul, dans son salon, avec ce qu’on a acquis. C’est peut-être là que se loge la force de cette pièce engagée, à la fois meuble et sculpture qui questionne la société. L’artiste enfin, n’interroge pas seulement la matière, elle questionne la distance que nous instaurons, feignant l’innocence ou l’oubli, avec ce que nous utilisons. Elle ne condamne pas, elle souligne, et ce que nous voyons n’est pas toujours confortable. À l’heure où le design se fait parfois minimalisme désincarné, Julia Lohmann rappelle qu’un objet peut encore être un corps. On peut trouver cela beau ou dérangeant. C’est précisément le but. Et peut-être, au détour d’une caresse hésitante, comprendre enfin ce que signifie “consommer du vivant”.

Vente associée

Design contemporain, céramiques, tapis & tapisseries d'artistes

Paris mardi 25 nov. 17:00 Voir les lots

À découvrir