Le 11 mai 2022, PIASA présentera à Paris une vente exceptionnelle, dédiée à l’Afrique et aux scènes lui étant liées. Parmi les lots présentés, une œuvre majeure de Frédéric Bruly Bouabré, « Homme sur terre », datée de 1983 est à retenir.
« Pour l’Afrique, quand un homme est né, on se contente de savoir qu’il est né, et l’on ne cherche point à compter les secondes, les minutes, les heures, les jours, les semaines, les mois, les trimestres, les ans, les siècles, voire les millénaires de sa naissance. L’Afrique n’a que faire avec le temps trop court ou le temps trop long de la vie. Quand je fus né, mes parents surent que j’étais né, et pour eux la seule réalité de la vie fut dans cette naissance assurée. » F. Bruly Bouabré
Frédéric Bruly Bouabré est un des artistes les plus importants du continent. Ivoirien de naissance, né à une époque où la date de naissance tenait plus de la déduction que de la justesse des faits, il traversera le XXe siècle comme un témoin des temps des hommes et de ceux des dieux.
Si la grande révélation du 11 mars 1948 est fondatrice dans l’oeuvre de Bruly Bouabré, c’est un esprit inquisiteur et fin observateur du monde qui la reçoit. Son amour de l’humanité et son désir d’une cohabitation harmonieuse des peuples sont également, ceux d’un ancien combattant marqué par les horreurs de la première guerre mondiale. On y ajoutera l’esprit analytique, l’intérêt pour la classification et le relevé, autant de traits de la personnalité de cet artiste exceptionnel aujourd’hui mis à l’honneur dans une grande rétrospective au MoMA de New York.
Homme sur Terre, 1983, est une œuvre majeure de ce visionnaire au destin exceptionnel, et la plus ancienne oeuvre de l’artiste jamais présentée aux enchères. Ce dessin qui prédate de six années l’exposition Magiciens de la Terre, qui contribuera à le faire connaître, réunit sur une seule image, les différents thèmes qui seront dans les décennies suivantes explorés par Bruly Bouabré. On y découvre la figure principale, probablement un auto-portrait, le cerveau étincelant de la révélation qu’il vient de recevoir. Son statut d’élu oint par la connaissance, lui donne l’autorité du trône sur lequel il est assis, chasse-mouche à la main. Autour de lui on retrouve divers symboles : l’éléphant, animal emblème de la Côte d’Ivoire, connu pour sa mémoire légendaire: l’éléphant, comme Cheik Nadro, est celui qui se souvient. Un drapeau aux couleurs ivoiriennes anticipe diverses séries à venir, parmi les plus reconnaissables de l’artiste. On retrouve le thème de la guerre, celui des rituels, la référence à l’histoire personnelle de Bruly Bouabré: une case, peut-être de son village natal de Zépréghué, dans le pays bété, peuple auquel il offrira, comme le prince Sejong en Corée, une langue écrite.
Admiré par de nombreux autres artistes, de l’Italien Alighiero Boetti à l’Africain Américain David Hammons, en passant par le japonais On Kawara, Bruly Bouabré reste un artiste hors normes. Sont connues seulement deux oeuvres existantes, similaires, dont l’une actuellement exposée au MoMA de New York. Autant d’éléments qui font d’Homme sur Terre, la plus importante oeuvre de Frédéric Bruly Bouabré jamais présentée aux enchères.

Frédéric Bruly Bouabré
Homme sur Terre, 1983
Estimation : 30 000 / 50 000 €
